Discours d'Haïlié Sélassié à U.A le 23 mai 1963
"L'Afrique
se trouve aujourd'hui à mi-chemin, en transition de l'Afrique d'hier à
l'Afrique de demain. Le monde n'a pas été fait par morceaux. L'Afrique n'a pas
été créée ni plus tôt, ni plus tard qu'aucune autre région géographique de ce
globe. Les Africains possèdent tous les attributs humains, ni plus ni moins que
les autres hommes. Ils en ont les talents, les vertus, aussi bien que les
défauts.
Il y a quelques milliers d'années, des civilisations
prospères ont existé sur ce continent. Celles-ci n'étaient en rien inférieures
à celles qui existaient alors dans d'autres continents. Les Africains étaient
politiquement libres et économiquement indépendants. Ils avaient leur propre
structure sociale, et leurs cultures étaient véritablement autochtones. La
période coloniale culmina par la mise en chaîne et l'asservissement de notre
continent. Nos peuples, autrefois fiers et libres, furent réduits en en
esclavage et humiliés. Aujourd'hui, l'Afrique est sortie de cette sombre
période.
Elle vient de renaître comme un continent libre, et les
Africains comme des hommes libres. Le sang qui a été versé et les souffrances
éprouvées sont les meilleurs gages de notre liberté et de notre unité. Quel que
soit le lieu de notre rencontre, c'est avec respect que nous nous souviendrons
de tous ces Africains qui refusèrent d'accepter le jugement passé contre eux
par les colonialistes et les impérialistes, de tous ceux qui eurent espoir,
sans faiblir, dans les moments les plus sombres, en une Afrique libérée de
toute servitude politique, économique et spirituelle.
Beaucoup d'entre eux n'ont jamais mis les pieds sur ce
continent. D'autres, au contraire, y sont nés et y sont morts. Nous sommes
réunis ici pour jeter les bases de l'Unité Africaine. Nous devons par
conséquent, ici même et aujourd'hui, nous mettre d'accord sur l'instrument de
base qui constituera le fondement du développement futur de ce continent dans
la paix, dans l'harmonie et dans l'unité. ( ...)
Cette conférence ne peut se terminer sans l'adoption d'une
Charte africaine unique. Si nous nous laissons guider par le souci d'un intérêt
étroit et par une vaine ambition, si nous échangeons nos croyances pour des
avantages à court terme, qui prêtera foi à nos paroles, qui croira à notre
désintéressement ? Nous devons faire connaître nos opinions, sur les grands
problèmes qui préoccupent le monde, avec courage et avec sincérité, en disant
ce qui est. ( ...)
Nos actes et nos attitudes ne doivent pas être mis en
doute. Soyons conformes à nos croyances afin que celles-ci nous servent et nous
honorent. (... )
Nous nous engageons particulièrement à l'élimination
totale de la discrimination raciale de notre continent. (... ) La
discrimination raciale est la négation même de l'égalité psychologique et
spirituelle que nous avons lutté pour obtenir. Elle est aussi un déni de la
personnalité et de la dignité d'Africain que nous avons établies par nos
luttes. Le souvenir des injustices passées ne devrait pas nous faire perdre de
vue les problèmes urgents qui se posent à nous. Nous devons vivre en paix avec
nos anciens colonisateurs. Soyons exempts de récrimination et d'amertume.
Renonçons à la futilité de la vengeance et des représailles. Débarrassons-nous
de tout sentiment de haine qui ne peut que miner nos âmes et empoisonner
nos cœurs. Agissons comme il sied à la dignité, que nous
réclamons pour nous-mêmes en tant qu'Africains, fiers de nos qualités propres,
de nos distinctions et de nos capacités. Nous savons qu'il y a des différences
entre nous. Les Africains possèdent des cultures différentes, des valeurs
propres, des attributs particuliers. Mais nous savons aussi, et nous avons là
des exemples, que l'unité peut être réalisée entre hommes d'origines les plus
diverses, que les différences de race, de religion, de culture, de tradition,
ne constituent pas des obstacles insurmontables pour l'union des peuples.
L'histoire nous apprend que l'unité fait la force et nous
convie à mettre de côté nos différences, à les surmonter, dans la recherche
d'objectifs communs, à lutter avec nos forces unies, dans la voie de la véritable
fraternité et unité africaines. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une seule
organisation africaine, par laquelle l' Afrique puisse faire entendre une seule
voix. Nous formulons le vceu que nous ayons la sagesse, le jugement et
l'inspiration nécessaires pour garder la confiance de nos peuples et de nos
pays qui ont placé leur sort entre nos mains."
"La discipline de l'esprit est un des éléments de
base d'une moralité authentique et, par conséquent, d'une force spirituelle. En
effet, une université, prise sous tous ses aspects, est, essentiellement une
entreprise spirituelle qui, en plus de la connaissance et de la formation
qu'elle transmet, guide les étudiants vers une vie plus sage et hautement
sensible aux responsabilités dans la vie. Nous avons confiance dans le fait que
ces institutions qui ont maintenant pour former l'université, seront étendues
et développées, si bien que le nombre de techniciens Ethiopiens compétents
continuera de s'accroître."
Le pouvoir morale "Personne ne peut ignorer l'importance
de la spiritualité dans ce cycle d'études. L'instruction et la formation
technique doivent être nourries par la foi en Dieu, le respect lame humaine et
le respect du raisonnement de l'esprit. Il n'est pas d'encrage plus sûr pour
notre instruction, nos vies, et nos action publiques, et ces dernières doivent
être couplées avec l'enseignement du divin et de ce qu'il y a de mieux dans la
compréhension de l'humain.
La fonction de dirigeant développée ici est inspirée des
valeurs fondamentales et du pouvoir moral qui ont constitué l'essence de nos
enseignements religieux depuis des centenaires. Notre temps est un temps
critique au cours duquel nations s'élèvent contre nations. Les tensions
augmentent et le désastre est possible à tout moment. Les distances sont
raccourcies. La paix et la vie sont menacées par le conflit et
l'incompréhension. Il est grand temps aujourd'hui que la croyance sincère dans
la parenté de l'homme à Dieu soit la fondation de tout effort que l'homme
déploie pour son édification et instruction personnelles, la base de toute compréhension,
coopération et paix."
Discours
de Haïlié Sélassié 1er , le 4 oct 1964
"Tant
que la philosophie, qui considère qu'une race est supérieure et une autre
inférieure, ne sera pas finalement en permanence discréditée et
abandonnée.
Tant qu'il y'aura des citoyens de première et seconde classe dans une
nation.
Tant que la couleur de peau d'un homme aura plus de signification, que
celle de ses yeux.
Tant que les droits de l'homme de base, ne seront pas garantis également
pour chacun sans distinction de race.
Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le rêve d'une paix durable, d'une
citoyenneté mondiale et le règne de la moralité international, ne resteront que
des illusions fugitives, poursuivies mais jamais atteinte.
Et tant que les régimes mal inspiré et ignoble qui détiennent nos frères
Africains dans des chaines inhumains ne seront pas renversés et détruits.
Tant que la bigoterie, les préjugés et les intérêts personnels, n'auront
pas été remplacés par la compréhension la tolérance et la bonne volonté.
Tant que les frères Africains ne seront pas debout et ne parleront pas en
tant qu'être libres égaux aux yeux de tous les hommes comme ils le sont aux
yeux du ciel;
Tant que ce jour ne sera pas arrivé, l'humanité ne connaîtra pas la paix.
Nous les Africains nous nous battrons si c'est nécessaire et nous savons
que nous vaincrons, car nous avons confiance en la victoire du bien sur le mal.
La base de la discrimination raciale et du colonialisme, a toujours été
économique et c'est avec des armes économiques que nous en viendrons à bout.
A la suite des résolutions adoptées à la conférence au sommet
d'Addis Abeba les Etats Africains ont pris plusieurs mesures économiques qui,
si elles étaient adoptées par tous les Etats membres des nations unies,
changeraient rapidement l'intransigeance en raison.
Je demande aujourd'hui que chaque nation représentée soit véritablement
dévoué aux principes énoncés dans la charte et adhère à ces mesures.
Nous devons agir tant qu'il est temps.
Tant que se présente l'occasion d'exercer ces pressions légitimes de
crainte que le temps ne s'épuise et nous pousse à recourir à des procédés moins
heureux.
En ces temps modernes les grandes nations de ce monde, feraient bien de
se rappeler que même leur propre sort n'est pas entièrement entre leurs mains.
La paix réclame les efforts unis, de chacun d'entre de nous.
Qui peut prédire quelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres?
Pour chacun d'entre nous l'enjeu est le même, la vie ou la mort, nous
souhaitons tous vivre, nous cherchons tous, un monde où les hommes seraient
libérés des fardeaux de l'ignorance, la pauvreté, la faim et de la maladie et
si la catastrophe devait survenir, nous serons tous pressés d'échapper à une
pluie nucléaire mortelle.
Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui sont tous à
part égal, sans précédent. Ils n'ont pas de contrepartie dans l'expérience
humaine. Les hommes cherchent des précédents et des solutions dans les pages de
l'histoire, mais il y'en a aucun.
Ceci est donc le défi suprême. Où allons-nous chercher notre survie? Où
allons-nous chercher les réponses aux questions qui n'ont jamais été posées.
Ceci est donc le défi suprême. Où allons-nous chercher les réponses aux
questions qui n'ont jamais été posées?
Nous devons tout d’abord nous tourner vers le Dieu tout puissant, qui a
élevé l'homme au-dessus des animaux et l'a doté d'intelligence et de raison,
nous devons avoir la foi en lui, qu'il ne nous abandonne pas et ne nous
permettent pas de détruire l'humanité qu'il a créée à son image. Et nous devons
regarder en nous même jusque dans les profondeurs de nos âmes.
Nous devons devenir ce que nous n'avons jamais été, ce à quoi notre
éducation, notre expérience et notre environnement, nous a très mal préparés.
Nous devons être plus grand que ce que nous avons été, plus courageux,
avoir l'esprit plus large, plus ouvert.
Nous devons devenir une nouvelle race, dépasser nos préjugés
insignifiants et nous soumettre à la fidélité ultime que nous devons non pas
aux nations, mais à nos semblables les hommes au sein de la communauté
humaine."