Le discours de Kadhafi au sommet de l’UA le 20/02/2007
Cette volonté de l’Afrique entière de s’unir se dessine avec insistance et
détermination, et nous tendons de plus en plus vers la réalisation de nos
aspirations profondes et l’accomplissement des espoirs du peuple de ce
continent.
Je suis fier et plein d’orgueil que la prochaine réunion de l’Union africaine
(UA), qui sera historique, se tiennent au Ghana, à l’occasion du 50ème
anniversaire de l’indépendance de ce pays. Ce choix que nous avons fait est
très conforme à la moralité et à la tradition de l’Afrique qui est un continent
de reconnaissance, de la gratitude.
Elle a choisi le Ghana qui a donné le père du panafricanisme, le digne fils de
l’Afrique, Kwamé Nkrumah. Ainsi, la prochaine réunion à Accra revêt une
importance capitale, parce que ce sera un rappel historique que l’actuel
président du Ghana, élu nouveau président de notre union, va accueillir. Nous
avons pleine confiance en ses capacités, sa rigueur et nous sommes convaincus
qu’il sera à la hauteur de la tâche qui lui incombe aujourd’hui pour l’avenir
et le devenir de l’Afrique.
A chaque fois que je prends la parole à une tribune semblable, dans un sommet
pareil, je ne peux que me rappeler les images assez tristes et obscures que
nous ne pouvons oublier et qu’il nous faut rappeler au monde entier.
Au nom de l’Afrique, du peuple
africain, du continent tout entier, il nous faut rappeler ceux qui sont
morts pour ce continent, l’état dans lequel il se trouve, cette île entourée de
tout côté par des eaux, des océans et des mers.
C’est ce continent qui a donné naissance à l’homme. Eve est africaine. Les
recherches et les découvertes l’ont prouvé. Ce continent a été doté de cette
belle race noire que certains tentent de dénigrer comme étant une race
inférieure. Au contraire, ce sont des ignorants. Le Noir est la plus belle des races. Lorsqu’il y a mariage entre
le Blanc et le Noir, c’est le Noir qui a le dessus. Parce que le Noir est la
couleur la plus forte, la plus virile et l’histoire dit que les Noirs seront
les maîtres de ce monde. Ce seront les seigneurs du monde et le jour vient.
Ce sont les ignorants, les ennemis de Dieu qui ont cru que cette
diversification des couleurs de l’homme est une source d’humiliation ou
d’esclavage. On a traité l’homme africain comme un animal. Ils nous ont pris,
jeté dans des navires et transporté de l’autre côté de l’Atlantique, vers le
Nouveau monde et vers l’Europe. Ils nous ont asservis. Ils ont asservi nos
pères et nos ancêtres pour combler des marécages, percer des montagnes,
construire l’Europe et le Nouveau monde. Je n’ai pas visité ces lieux, mais
j’ai eu l’occasion quand j’étais un officier de l’armée, en 1966, de me rendre
en Grande-Bretagne et je ne sais les locomotives, qui nettoyaient les métros.
Ce sont des balayeurs, des nettoyeurs, les artisans des basses besognes. Cela
signifie que la discrimination raciale, le mauvais traitement des Noirs
existait en 1966 quand j’étais officier. J’espère qu’il y a eu changement.
Après cette étape dans laquelle nous avons été traités comme des animaux, la
période de l’esclavage avait commencé, quand ils ont découvert que nous
n’étions pas des bêtes et que nous étions des êtres humains. Ils nous ont
traités comme des esclaves de la race blanche. Ils ont même prétendu que la race blanche avait une mission divine
vis-à-vis du Noir. D’où tire-t-il tout ceci ? C’est la convoitise,
l’usurpation, le vol, la violation, le pillage de nos biens qui leur a donné
ces idées maléfiques, ce prétexte que l’homme blanc était supérieur et avait un
message divin vis-à-vis des Noirs.
J’ai personnellement effectué une étude afin de comparer nos religions. J’ai
découvert que les anciennes religions africaines sont des religions révélées.
Dans le Saint Coran, dans la Torah et dans l’Evangile, ce sont les mêmes noms
qui reviennent dans les religions africaines anciennes. Il faut reconnaître que
Dieu le Créateur, l’unique et éternel, existe dans les anciennes religions
africaines. Comment les Blancs
prétendent-ils que nous, nous avons connu Dieu après la colonisation ? Ils nous
font croire qu’ils nous ont appris à connaître Dieu.
L’Afrique est le berceau et c’est nous qui leur avons appris la morale,
l’éthique. Nous sommes capables de leur donner des leçons de morale jusqu’à
présent. La conférence de Berlin a été
la base de cette division, de cette ségrégation. Ils ont prétendu qu’ils
avaient un message divin, qu’ils voulaient nous apprendre qui était Dieu, qui
était le Créateur. Est-ce possible que ces colons qui nous ont traités comme
des animaux, nous apprennent qui est Dieu ?
Heureusement que maintenant tout a changé. Il y a
des jours, nous nous sommes réunis, Européens, Africains, etc. Nous nous sommes
réunis en égaux. Nous avons parlé d’amitié, mais cela ne veut nullement dire
que la mentalité colonialiste a changé. Si nous avons prouvé nos compétences,
nous ne devons pas nous sentir affaiblis.
C’est par nos convictions, par notre volonté et notre détermination que nous
devons nous faire valoir. Nous n’avons besoin de quiconque. Lorsque nous étions
faibles, sans arme, ni armée, ils nous ont malmenés, capturés dans des filets,
embarqués dans des bateaux. Ils nous ont asservis. Le Congo, le plus grand pays de l’Afrique de l’époque était une propriété
privée de la Belgique et du roi des Belges. Quelle est la mentalité de
ces gens ? Le colonialisme n’existait pas qu’hier. Il peut encore resurgir si
les conditions s’y prêtent. Il ne faut pas leur donner l’occasion de le faire
encore une fois et de nous asservir. (...). Nous nous sommes battus à travers des mouvements de libération et ils ont
dû nous reconnaître en tant qu’Etats indépendants. Ils ne l’ont pas fait
volontairement. Ils ont toujours cette tendance raciste et ce complexe qui les
habite, mais contre leur gré, ils ont abdiqué devant notre combat pour notre
indépendance, notre souveraineté et notre dignité humaine.
J’ai pris connaissance du comité des dix (10) du Conseil de sécurité des
Nations unies, qui en réalité est le conseil de la peur et de l’intimidation.
Quand on regarde la composition de ce Conseil, on a l’impression que l’Occident
nous faisait la charité. Ils veulent nous donner un siège ou deux. Nous sommes
plus de 50 pays africains. C’est nous les Nations unies. Si nous formons une
union, nous serons l’union la plus forte du monde. Nous avons le plus grand
poids au sein des Nations unies qui nous appartient à nous tous ; qui a le
droit de nous attribuer un siège comme une charité.
L’Afrique doit avoir droit à un siège avec le droit de vote et toutes les
prérogatives nécessaires. Il faut absolument qu’on élargisse le Conseil de
sécurité. Nous le disons à toute l’Afrique, tout le monde entier nous écoute,
on nous suit de tous les continents.
L’Afrique possède toutes les potentialités, tous les moyens et les richesses
nécessaires pour vivre heureux. Les plus grandes réserves des métaux précieux
se trouvent sur cette terre. Ce qui fait la fierté des autres chez eux, émane
de l’Afrique. Tout est puisé dans ce continent riche de son sol mais aussi de
ses hommes. C’est le seul continent qui n’est pas composé de nations diverses.
L’Afrique, c’est une seule nation, la nation noire. C’est un contient-nation et nous avons ainsi des privilèges. On ne peut
pas nous comparer avec les autres continents qui sont peuplés de détenus, de
chassés, d’immigrants. Nous, nous appartenons à notre continent. Nous
sommes un peuple noir appartenant à une seule nation, le contient africain.
Nous le disons de vive voix. Nous avons prouvé que nous étions chez nous. Nous
avions résisté aux assauts des armes, nous les avons chassés de chez nous. Nous leur avons montré que nous sommes des
hommes libres, nés libres et que nous ne sommes pas leurs esclaves.
Nous devons continuer sur cette voie, lutter et leur imposer cette reconnaissance
de la souveraineté de l’Afrique qui est la nôtre. Nous parlons avec beaucoup de
conviction. Nous avons confiance en nous-mêmes, nous avons confiance en nos
potentialités, dans les potentialités et les richesses de notre continent. Je
veux profiter de cette tribune pour remercier au nom des leaders de l’Afrique,
le peuple de l’Ethiopie, notre frère le Premier ministre Meless Zénawi pour
l’hospitalité et la chaleur de l’accueil ainsi que tous les moyens déployés
pour faciliter le travail accompli. Je salue cette générosité qui est la leur
et qui est une des qualités que nous leur connaissons, ce peuple authentique et
fier d’Afrique. Je tiens à remercier également toute l’Afrique pour la décision
qui a été adoptée pour que la Jamahiriya libyenne, ce pays frère, soit le
président de l’Assemblée, la 60ème Assemblée des Nations unies en 2009. Je
remercie également notre frère Sassou Nguesso qui a dirigé brillamment l’UA
pendant une année et qui vient de passer les rênes du pouvoir entre de
nouvelles mains qui ont notre confiance et notre soutien, celles du président
Kufuor que je salue. Je rends hommage au Pr. Alpha Oumar Konaré qui a travaillé
dur avec tant de dévouement et de rigueur, qui s’est consacré corps et âme pour
notre organisation. Je l’ai vu travailler parfois pendant toute la nuit,
passant des nuits blanches et je prie le Tout-puissant d’accorder la santé à ce
digne fils de l’Afrique dont nous avons encore tant besoin. (...)’’.