Premier message de Marcus Garvey aux Nègres du monde
depuis la prison
d’Atlanta, 10 Février 1925
Compagnons de la Race Noire, Salutations.
J’ai le plaisir de vous apprendre que votre humble
serviteur est aussi heureux de souffrir pour vous et notre cause qu’il est
possible dans ces circonstances où je suis vicieusement outragé par un groupe
de comploteurs en connivence, ne reculant devant rien pour vous humilier à
travers moi dans le combat pour la vraie émancipation et la Rédemption
Africaine.
Je suis convaincu que vous n’avez pas donné crédit aux
mensonges vicieux des journaux blancs et ennemis et de ceux qui ont parlé en
référence à ma reddition. Les menteurs ont comploté par tous les moyens pour
faire croire que je n’étais pas prêt à me rendre à la cour.
Mon avocat m’a appris qu’aucun mandat ne serait lancé
pendant dix ou quatorze jours, comme il est d’usage dans les cours de justice ;
et cela m’aurait donné le temps d’honorer les engagements oraux que j’avais à
Détroit, Cincinnati et Cleveland. Je n’avais pas quitté la ville depuis dix
heures que déjà les menteurs répandirent la nouvelle que j’étais fugitif.
C’étaient les nouvelles à faire circuler partout dans le monde pour démoraliser
les millions de Nègres en Amérique, en Afrique, en Asie, dans les Antilles et
en Amérique Centrale, mais les imbéciles doivent savoir dés maintenant qu’ils
ne peuvent pas berner tous les Nègres en même temps.
Je ne veux pas écrire à ce moment quoi que ce soit qui
vous mettrait en difficulté pour vous confronter à l’opposition de l’ennemi
sans mon assistance. Contentons nous de dire que l’histoire de l’outrage
formera un chapitre splendide dans l’histoire de l’Afrique rédimée, quand
les hommes noirs ne souffriront plus jamais sous le talon des autres, mais
auront une civilisation et un pays à eux.
L’affaire entière est une honte, et l’ensemble du
monde noir le sait. Nous n’oublierons pas. Notre jour peut être dans cinquante,
cent ou deux cent ans, mais regardons, travaillons et prions, car la
civilisation de l’injustice est condamnée à s’effondrer et à amener la
destruction sur la tête du méchant.
Les imbéciles croyaient qu’ils pouvaient m’humilier
personnellement, mais là-dessus ils se sont trompés. Les minutes de souffrance
sont comptées, et quand Dieu et l’Afrique reviendront et pèseront la
rétribution, ces minutes seront multipliées par milliers pour les pécheurs. Nos
amis Arabes et du Rif seront toujours vigilants, comme le reste de l’Afrique et
nous même le seront. Soyez assurés que j’ai bien planté la graine du
nationalisme Nègre qui ne peut pas être détruit, même par l’infamie petit jeu
dont je fus la victime.
Continuez à prier pour moi et je serais toujours
fidèle à mon devoir. Je veux que vous, peuples noirs du monde, sachiez que
W.E.B. DuBois et cette organisation vicieuse qui haït les Nègres connue sous le
nom d’Association pour l’Avancée des gens « de couleur » sont les plus grands
ennemis que le peuple noir ait dans le monde. J’ai tant à faire des quelques minutes
dont je dispose que je ne puis écrire en longueur là-dessus ou sur toute autre
chose, mais méfiez vous de ces deux ennemis. Ne leur permettez pas de vous
avoir avec des communiqués de presse, des discours et des livres salivants ;
ils sont les vipères qui ont élaboré avec d’autres l’extinction de la race
noire.
Mon travail ne fait que commencer, et quand l’histoire
de ma souffrance sera achevée, alors les générations Nègres futures auront en
mains le guide de la connaissance des « péchés » du vingtième siècle. Je crois
dans le temps, et je sais que vous aussi, et nous attendrons patiemment pendant
deux cent ans s’il le faut, pour faire face à nos ennemis à travers notre
postérité.
Vous me réjouirez si vous en faites encore plus pour
l’organisation que quand j’étais parmi vous. Épaulez ceux qui la font
fonctionner. Aidez-les à bien faire, pour que le travail continue à s’étendre
d’un pôle à l’autre.
Je lance aussi un appel de dernière minute pour le
soutien de la Compagnie de Navigation et de Commerce de l’Étoile Noire (BLACK
STAR LINE). Vous êtes priés de faire et d’envoyer vos dons afin de permettre
aux directeurs de mener le travail avec succès.
Tout ce que j’ai-je vous l’ai donné. J’ai sacrifié ma
maison et ma femme bien-aimée pour vous. Je vous la confie, pour que vous la
protégiez et la défendiez pendant mon absence. C’est la petite femme la
plus courageuse que je connaisse. Elle a souffert, s’est sacrifiée avec moi
pour vous ; s’il vous plaît ne l’abandonnez pas en cette heure sinistre,
quand elle se retrouve seule. Je l’ai laissée sans le sou et sans aide pour se
confronter au monde, parce que je vous ai tout donné, mais son courage est
immense, et je sais qu’elle tiendra bon pour vous et moi.
Quand mes ennemis seront satisfaits, dans la vie ou
dans la mort je reviendrai à vous pour vous servir de la même manière que je
vous ai servi avant. Vivant je serai le même ; dans la mort je serai une
terreur pour les ennemis de la liberté Nègre. Si la mort a du pouvoir, alors
comptez sur moi dans la mort pour être le vrai Marcus Garvey que j’aimerais
être. Si je dois venir en tremblement de terre, ou en cyclone, ou en plaie, ou
en pestilence, ou comme Dieu le veut, alors soyez sûrs que je ne vous
abandonnerai jamais et ne laisserai jamais vos ennemis triompher sur vous.
N’irai-je pas en enfer un million de fois pour vous ? N’hanterai-je pas la
terre, comme le fantôme de Macbeth, pour toujours pour vous ? Ne perdrai-je pas
le monde entier et l’éternité pour vous ? Ne pleurerai-je pas continuellement
au marchepied du Seigneur Omnipotent pour vous ? Ne mourrai-je pas un million
de fois pour vous ? Alors, pourquoi être tristes ? Réjouissez-vous, et soyez
sûrs que si cela prend un million d’années, les péchés de nos ennemis visiterons
la millionième génération de ceux qui nous entravent et nous oppressent.
Souvenez-vous que j’ai juré par vous et mon Dieu de
servir jusqu’à la fin de tous les temps, l’effondrement de la matière et le
fracas des mondes. Les ennemis pensent que j’ai été vaincu. Est-ce que les
allemands ont vaincu la France en 1870 ? Est-ce que Napoléon a vraiment conquis
l’Europe ? Si oui, alors j’ai perdu, mais je vous dis que le monde entendra
parler de mes principes même deux mille ans après moi. Je suis déterminé à
attendre ma satisfaction et la rétribution de mes ennemis. Observez mes ennemis
et leurs enfants et postérité, et un jour vous verrez la rétribution
s’installer chez eux.
Si je meurs à Atlanta mon travail ne fera que
commencer, mais je vivrai, physiquement ou spirituellement pour voir le jour de
la gloire de l’Afrique. Quand je suis mort enveloppez moi de la cape Rouge,
Noir et Vert, car dans la nouvelle vie je me relèverai avec la grâce de Dieu et
Ses bénédictions pour mener les millions jusqu’aux sommets du triomphe avec les
couleurs que vous connaissez bien. Cherchez moi dans l’ouragan ou dans la
tempête, cherchez moi tout autour de vous, car, avec la grâce de Dieu, je
viendrai et amènerai avec moi les innombrables millions d’esclaves noirs qui
sont morts en Amérique et dans les Antilles et les millions en Afrique pour
vous aider dans le combat pour la Liberté, la Justice et la Vie.
La civilisation d’aujourd’hui est devenue ivre et
folle avec ses pouvoirs, et par cela elle cherche à travers l’injustice, la
fraude et le mensonge à broyer l’infortuné. Mais si je suis apparemment broyé
par le système d’influence et de pouvoir corrompu, ma cause s’élèvera à nouveau
pour harceler la conscience du perverti. Cela me satisfait et pour vous, je le
répète, je suis content de souffrir et même de mourir. A nouveau, je le dis,
réjouissez-vous, car de meilleurs jours sont à venir. J’écrirai l’histoire qui
inspirera les millions qui viennent et je laisserai la postérité de nos ennemis
comptabiliser avec la multitude pour les actes de leurs pères.
Avec les plus chères bénédictions de Dieu, Je vous
quitte pour un moment.